La situation sécuritaire dans le nord du Bénin connaît une détérioration préoccupante. Une attaque meurtrière survenue le 17 avril 2025, ayant coûté la vie à 54 militaires béninois, illustre tragiquement l’ampleur du phénomène. D’après une analyse relayée par Le Monde (25 avril 2025) et l’AFP, ce drame s’inscrit dans un contexte de coopération régionale défaillante, notamment avec le Burkina Faso et le Niger.
Le politologue béninois Emmanuel Odilon Koukoubou, cité par l’AFP, souligne que l’isolement du Bénin face à la menace islamiste laisse le pays particulièrement vulnérable. Il insiste sur le fait que malgré les efforts sécuritaires du Bénin, l’absence de coordination avec ses voisins sahéliens permet aux groupes terroristes de s’implanter durablement à ses frontières.
Cette préoccupation est partagée par les autorités béninoises. Le porte-parole du gouvernement, Wilfried Léandre Houngbédji, a récemment déclaré que la tâche serait beaucoup moins ardue si les pays frontaliers disposaient d’un dispositif sécuritaire similaire à celui du Bénin.
Or, la coopération régionale est mise à mal par des tensions diplomatiques. Les juntes militaires au pouvoir au Burkina Faso et au Niger accusent Cotonou d’héberger des bases militaires étrangères, une accusation que le Bénin rejette fermement. Résultat : une rupture des échanges sécuritaires sur fond de méfiance politique.
Selon l’indice mondial du terrorisme 2024, évoqué par Le Monde, le Sahel est aujourd’hui l’épicentre mondial du terrorisme, le Burkina Faso étant le pays le plus touché. La porosité des frontières et l’insuffisance de la surveillance aérienne favorisent l’infiltration des groupes djihadistes dans les zones forestières du W et de la Pendjari, comme l’explique Beverly Ochieng, analyste à Control Risks.
L’attaque du 17 avril a été revendiquée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaida. D’après Lassina Diarra, directeur à l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme de Jacqueville, l’influence du GSIM dans le nord du Bénin s’explique par la continuité sociologique et territoriale avec le sud du Burkina Faso.
La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao) a appelé, dans une récente déclaration, à un renforcement urgent de la coopération régionale. Mais les dynamiques actuelles rendent cet objectif difficile à atteindre : le Burkina Faso, le Niger et le Mali ont quitté la Cedeao pour former l’Alliance des États du Sahel (AES), avec leur propre armée unifiée, coupant ainsi les ponts avec des pays comme le Bénin et la Côte d’Ivoire.
Face à cette fragmentation, les experts recommandent au Bénin de compléter sa réponse militaire par des initiatives sociales, afin de prévenir le recrutement local par les groupes extrémistes. Mais comme le rappelle Beverly Ochieng, sans un minimum de collaboration avec les États sahéliens, la lutte contre l’insurrection djihadiste restera inévitablement compromise.
