Au Brésil, l’ancien chef d’État Jair Bolsonaro a été condamné, jeudi 11 septembre, à 27 ans et 3 mois de prison pour avoir tenté de se maintenir au pouvoir de manière illégale après sa défaite électorale de 2022. Cette décision historique de la Cour suprême, rendue à la majorité de quatre juges contre un, plonge le pays dans une crise politique et diplomatique sans précédent.
Un verdict qui divise le pays
Ce jugement met fin à plusieurs semaines de débats houleux. Mercredi, le magistrat Luiz Fux avait longuement plaidé pour l’acquittement de l’ancien président, mais la majorité des juges a retenu sa culpabilité, le désignant comme le chef d’une « organisation criminelle » cherchant à instaurer un régime autoritaire.
Cette condamnation, prononcée à un peu plus d’un an de la présidentielle de 2026, accentue la polarisation politique au Brésil. Dans les grandes villes, manifestations et contre-manifestations se multiplient : les partisans de Bolsonaro réclament une amnistie générale pour les événements du 8 janvier 2023, tandis que les soutiens du président Luiz Inácio Lula da Silva saluent une victoire de la justice.
Réactions en chaîne aux États-Unis
La décision de la Cour suprême a suscité la colère de Washington. Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a dénoncé une sanction « injuste » et promis des mesures de rétorsion. En réponse, Brasilia a affirmé qu’elle n’accepterait aucune intimidation étrangère. Dans la foulée, les États-Unis ont interdit d’entrée l’ensemble des juges de la Cour suprême brésilienne et imposé des sanctions financières au rapporteur du procès, Alexandre de Moraes, figure honnie des bolsonaristes.
La défense dénonce une peine excessive
L’équipe juridique de Jair Bolsonaro, par la voix de Fabio Wajngarten, a déclaré « respecter » la décision tout en dénonçant une peine « disproportionnée et excessive ». Les avocats ont annoncé leur intention d’interjeter appel, y compris devant des juridictions internationales.
Une opinion publique fracturée
À Brasilia, la retransmission du verdict dans les bars a provoqué des scènes d’euphorie chez les anti-Bolsonaro. « Enfin, il paie pour ses dérives », s’est réjoui Virgilio Soares, traducteur présent sur place. À l’inverse, près du domicile de l’ancien président, des fidèles ont organisé une veillée de prière. « Avec son âge, il ne sortira probablement jamais de prison », a soupiré Vantuir Batista, pasteur évangélique.
Vers une crise diplomatique durable
Cette affaire dépasse le cadre judiciaire : elle a déjà tendu les relations entre le Brésil et son deuxième partenaire économique. Depuis l’inculpation de Bolsonaro, les États-Unis ont relevé drastiquement leurs droits de douane sur plusieurs produits brésiliens, certains étant désormais taxés à hauteur de 50 %. Une mesure perçue à Brasilia comme une conséquence directe du soutien affiché par Donald Trump à son ancien allié.
Face à ces tensions, le président Lula a tenté, en août, d’ouvrir un dialogue avec Washington, mais ses appels sont restés lettre morte.
